Procrastination et TDAH : quand le cerveau freine l’action !

par | Août 5, 2025

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Quel parent n’a jamais demandé à son enfant ou ado de faire ses devoirs et a reçu comme réponse « T’inquiète, je vais le faire ! » ? Cette phrase me rendait dingue quand mon fils me la répétait en boucle après plusieurs demandes de mise au travail et je ne comprenais pas pourquoi cela prenait autant de temps.

On pourrait penser que c’est simplement parce que faire ses devoirs n’est pas très fun ou que c’est par flemme qu’il ne veut pas s’y coller. OUI mais pas seulement…

Dans cet article, je vais t’expliquer à toi parent d’un(e) enfant/ado TDAH que c’est plus complexe que cela et te donner des astuces pour t’aider dans le quotidien.

Un blocage pour agir

Le mot procrastination vient du latin procrastinare : remettre à demain. Tout le monde procrastine un jour ou l’autre. Mais chez les personnes avec un TDAH, ce phénomène est chronique, handicapant et douloureux. Il ne s’agit pas d’un simple manque d’organisation ou d’un défaut de discipline. La personne sait ce qu’elle doit faire, elle peut même vouloir le faire… mais elle n’y arrive pas.

« Je savais que j’avais ce devoir à rendre. Je me suis dit que j’allais m’y mettre après le repas. Puis après la série. Et puis j’ai regardé l’heure, il était minuit. Je culpabilise, mais je n’arrive pas à faire autrement. ». Ce témoignage montre la réalité de ce qui se passe dans la tête d’un TDAH. Cette paralysie de l’action n’est pas volontaire. Elle résulte d’un dysfonctionnement cérébral, principalement situé au niveau du cortex préfrontal.

La procrastination est souvent perçue comme un manque de volonté ou de motivation. Pourtant, chez les personnes atteintes de TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité), elle est bien plus qu’un simple « caprice ». C’est une véritable difficulté neurocognitive liée à un dysfonctionnement des fonctions exécutives du cerveau.

TDAH et fonctions exécutives : le chef d’orchestre défaillant

Les fonctions exécutives sont un ensemble de processus mentaux qui permettent de planifier, organiser, prioriser, réguler les émotions, inhiber les distractions et faire preuve de flexibilité cognitive. Elles sont comme un chef d’orchestre chargé de faire travailler ensemble les différentes parties du cerveau pour accomplir une tâche.

Chez les personnes atteintes de TDAH, ces fonctions sont immatures ou dysfonctionnelles. Cela entraîne :

  • Une difficulté à commencer une tâche (même simple)
  • Une incapacité à estimer le temps nécessaire
  • Un manque de constance dans l’effort
  • Des troubles de la mémoire de travail
  • Une hypersensibilité émotionnelle qui parasite l’action

Voici les principales fonctions exécutives impliquées :

1. L’activation

C’est la capacité à démarrer une tâche et à mobiliser l’énergie mentale nécessaire. Chez les personnes avec un TDAH, cette activation est ralentie, voire absente, surtout pour les tâches peu stimulantes.

2. L’organisation et la planification

Ces fonctions permettent de structurer le temps, les priorités et les étapes d’un projet. Le TDAH entraîne une vision floue de la tâche dans sa globalité : tout semble confus, ce qui provoque de l’anxiété, voire un abandon pur et simple.

3. La gestion du temps

Le TDAH s’accompagne souvent d’une forme de déformation temporelle. La personne n’a pas conscience du temps qui passe. Elle a du mal à anticiper, à répartir son effort dans le temps ou à respecter des échéances.

4. La mémoire de travail

Il s’agit de la capacité à retenir des informations en tête pendant une courte durée pour les manipuler. Quand elle est faible, la personne oublie ce qu’elle était en train de faire, ou perd le fil de sa tâche.

5. L’inhibition

C’est la capacité à résister aux distractions ou à l’impulsivité. Avec un TDAH, les pensées et stimuli extérieurs prennent souvent le dessus, rendant très difficile le maintien de l’attention sur une tâche.

6. La régulation émotionnelle

Une émotion trop intense (stress, peur de l’échec, ennui) court-circuite l’action. La personne avec un TDAH vit souvent un conflit interne entre l’envie de faire et la peur de ne pas y arriver.

Pourquoi la procrastination devient un cercle vicieux ?

Quand une personne procrastine, elle est souvent envahie par la culpabilité, le sentiment d’échec, voire la honte. Cela alimente des pensées négatives du type :

  • « Je suis nul. »
  • « Je ne suis pas capable. »
  • « Je vais encore décevoir. »

Ces émotions négatives renforcent l’anxiété et bloquent encore davantage les fonctions exécutives. Résultat : la procrastination s’intensifie. C’est un cercle vicieux difficile à briser.

Chez l’enfant ou l’adolescent, ce fonctionnement peut entraîner de grandes souffrances scolaires et relationnelles :

  • Des devoirs sans cesse reportés ou bâclés
  • Des conflits avec les parents (« Tu ne fais jamais rien ! »)
  • Une mésestime de soi
  • Des décrochages scolaires ou des phobies

⚠️ Il est essentiel de sortir du jugement. L’enfant n’est pas paresseux. Il est envahi, débordé, bloqué. Ce qu’il a besoin d’entendre, ce n’est pas « Tu n’as rien fait », mais plutôt :

« Qu’est-ce qui te bloque ? Comment puis-je t’aider à commencer ? »

Le rôle de la motivation chez les personnes avec un TDAH

La motivation fonctionne différemment chez les personnes avec un TDAH. Elle est dopamine-dépendante. Cela signifie que :

  • Ce qui ne procure pas de stimulation immédiate (devoirs, corvées) est repoussé.
  • Ce qui apporte une récompense instantanée (écrans, jeux, vidéos) est favorisé.
  • Le mode urgence est parfois le seul déclencheur : la personne agit dans l’extrême dernière minute, sous l’effet du stress.

C’est pourquoi beaucoup d’enfants ou d’adultes TDAH réussissent à produire un travail en un temps record… la veille du rendu. Cela ne veut pas dire qu’ils « fonctionnent mieux sous pression », mais que leur cerveau ne trouve l’élan que dans l’urgence.

Les solutions pour aider une personne TDAH à dépasser la procrastination

Voici quelques stratégies concrètes et bienveillantes pour accompagner un enfant, un ado TDAH dans la gestion de la procrastination :

🔹 Découper la tâche

Fractionner la tâche en micro-objectifs très concrets :

« Ouvre ton cahier » → « Lis l’énoncé » → « Souligne les mots-clés » → etc.
Cela donne un sentiment de progression et de contrôle.

🔹 Créer des routines

Les routines rassurent et stimulent l’automatisation. Un tableau visuel ou une check-list peut grandement aider à s’y retrouver.

🔹 Utiliser des minuteurs

La méthode Pomodoro (25 minutes de travail / 5 minutes de pause) est très utile. On peut démarrer avec 5 ou 10 minutes pour dédramatiser l’entrée en action. Utiliser un timer qui aide à se repérer dans le temps qui s’écoule.

🔹 Soutenir sans faire à sa place

Proposer une présence rassurante qui guide sans prendre le contrôle. Cela peut être un parent, un enseignant sensibilisé, un professionnel de la relation d’aide, un étudiant qui pratique le soutien scolaire.

🔹 Valoriser l’effort, pas seulement le résultat

Chaque petit pas mérite d’être reconnu : « Tu as réussi à t’y mettre, bravo ! »

🔹 Travailler la régulation émotionnelle

Des techniques comme la sophrologie, la cohérence cardiaque ou la méditation adaptée permettent d’apaiser le stress et de sortir du débordement émotionnel.

L’accompagnement sophrologique : un allié précieux

En tant que sophrologue spécialisée dans les troubles des apprentissages chez les neuroatypiques, j’accompagne régulièrement des enfants, adolescents et adultes qui souffrent de procrastination liée au TDAH.

En sophrologie, nous travaillons sur :

  • La prise de conscience du corps et de l’instant présent
  • Le renforcement de la concentration
  • La visualisation positive d’une tâche accomplie
  • La gestion des émotions envahissantes
  • La valorisation des réussites, même minimes

L’objectif n’est pas de « forcer » l’action, mais de réconcilier la personne avec ses capacités et d’installer un climat intérieur plus apaisé.

A retenir : comprendre pour mieux aider !

La procrastination dans le TDAH n’est pas une question de paresse ou de mauvaise volonté. C’est une conséquence directe des troubles des fonctions exécutives, un blocage lié à un fonctionnement du cognitif différent. En comprenant cela, en sortant du jugement, et en proposant des outils adaptés, nous pouvons transformer la relation à la tâche, au temps, et à soi-même.

Parents, éducateurs, thérapeutes : votre regard bienveillant est essentiel. Il peut tout changer dans le quotidien d’un enfant neuroatypique.

Des stratégies concrètes existent pour accompagner sans culpabiliser, notamment par la sophrologie qui est un outil précieux pour mieux vivre ce quotidien.

Tu veux en parler ? Contacte-moi pour en discuter ou prend RDV directement sur mon site.

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Les enfants neuroatypiques (DYS, TSA, TDA/H, HPI) peuvent être sensibles au changement dans leur environnement. Heure du réveil, temps des devoirs ou moment d’aller se coucher peuvent se transformer parfois en véritables crises si des rituels clairs ne sont pas installés.

Qui suis-je ?

Je suis Caroline Pauty-Maria, sophrologue et intervenante bien-être au travail à Issy-les-Moulineaux.

J’accompagne les enfants et les adolescents neuroatypiques à mieux gérer leurs émotions et à se sentir plus en confiance pour réussir leurs apprentissages.

J’accompagne également les entreprises et leurs salariés dans une démarche de mieux-être au travail.

J’accompagne chaque personne avec bienveillance et douceur en la guidant dans son cheminement grâce à des outils concrets et adaptés à son âge et à ses besoins. Je l’aide à trouver en elle les ressources nécessaires pour se sentir mieux au quotidien.